La nuit de Moscou-Aragon-Extrait-

Publié le par JS

La Nuit de Moscou
(extraits)

Je mettais son contraire au lieu de toute chose

J’imaginais la vie et ses métamorphoses

Comme une féerie énorme et machinée

C’était un jardin bleu tintant comme un cristal

Où les pieds fabuleux marchaient sur des pétales

Et cependant les fleurs jamais n’étaient fanées

J’attendais un bonheur aussi grand que la mer

Et de l’aube au couchant couleur de la chimère

Un amour arraché de ses chaînes impies

Mais la réalité l’entend d’une autre oreille

Et c’est à sa façon qu’elle fait ses merveilles

Tant pis pour les rêveurs tant pis pour l’utopie

Le printemps s’il fleurit et l’homme enfin s’il change

Est-ce opération des elfes ou des anges

Ou lignes de la main pour les chiromancies

On sourira de nous comme de faux prophètes

Qui prirent l’horizon pour une immense fête

Sans voir les clous perçant les paumes du Messie

On sourira de nous pour le meilleur de l’âme

On sourira de nous d’avoir aimé la flamme

Au point d’en devenir nous-mêmes l’aliment

Et comme il est facile après coup de conclure

Contre la main brûlée en voyant sa brûlure

On sourira de nous pour notre dévouement

Quoi je me suis trompé cent mille fois de route

Vous chantez les vertus négatives du doute

Vous vantez les chemins que la prudence suit

Eh bien j’ai donc perdu ma vie et mes chaussures

Je suis dans le fossé je compte mes blessures

Je n’arriverai pas jusqu’au bout de la nuit

Qu’importe si la nuit à la fin se déchire

Et si l’aube en surgit qui la verra blanchir

Au plus noir du malheur j’entends le coq chanter

Je porte la victoire au coeur de mon désastre

Auriez-vous crevé les yeux de tous les astres

Je porte le soleil dans mon obscurité

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