Passeur d'âmes
Je t'ai conduit là-bas, au delà de la Grande Rivière, dans le fracas des flots et la tempête, dans le pays sans nuit et sans aube. Là-bas sur l'autre rive. Après le tumulte de notre guerre que reste -t-il sur le premier rivage ? Les débris du naufrage mais aussi l'éclat de la nacre ou se mirent les feux de mille soleils sur le sable humide et moiré. Passage de l'Eau et du Feu. Pluie et brûlure, l'agonie et l'extase, l'extase et l'agonie comme une aube sans cesse renouvelée sur un désert de certitudes. Derrière la Grande Porte, l'ultime muraille je t'ai conduit par la main comme un enfant perdu et aveugle, là dans le silence de la nuit éternelle où meurent les étoiles.
L'aube va se lever encore sur les maquis d'hiver où tourne le vol des éperviers, amis de toujours, témoins et complices du Passeur. Tu as enfin regardé le soleil en face, ce soleil que j'ai défié et qui éclaire désormais mon chemin. Ce feu solaire a forgé les armes que je tiens aujourd'hui dans mes poings. Merci.