Souvenir d'un tournage épique.

Publié le par M.

Un tournage ? Hum 25 minutes en super 16 sur 4 jours...Des extérieurs en montagne en plein mois de décembre ...Tout un programme. La surprise fut d'abord d'avoir obtenu le CNC. Mais ce n'était que la première surprise.
Premier jour. Intérieur jour :
Une villa sur la rive sud d'ajaccio, aimablement prêtée par Maître B, (avocate résident à Neuilly qui « voulait faire quelque chose pour la Corse », Une villa neuve qui vaut aujourd'hui 2 millions d'euros. L'assurance ? Ben le producteur supposé tel s'en foutait. Donc pas d'assurance...et beaucoup de stress en voyant les machinos, emplatrer les murs blancs de graisse...Bonjour la concentration,.
Un travelling sur un carrelage neuf. Heureusement j'avais prévu de la moquette pour cela. L'assistant comment l'assistant ? Ah oui j'ai oublié de vous dire : il avait déclaré forfait la veille du tournage.
Premier jour donc, et curieusement tout se passe bien jusqu'au départ du plateau à une heure du mat. Là dans le jardin de la villa je suis penché,le corps à l'extérieur de ma caisse et je range le scénar et le découpage. Tout d'un coup la portière de ma voiture se referme brutalement sur mes côtes. Le le chauffeur du camion du matériel ne m'a pas vu...Le conducteur sent bien qu'il y a quelque chose qui bloque, évidement j'étouffe et je ne peux pas crier, Finalement c'est plutôt élastique un thorax...j'entends des cris...C'est la script que je dois raccompagner qui hurle en direction du camion ouf !!!! Sauvé par le clap .

Deuxième jour de tournage/ Extérieur nuit et jour.

Je me couche à deux heures...l'ingénieur du son doit partir dans quatre jours sur un film de Raoul Ruiz j'ai intérêt à mettre le turbo. Je me lève à quatre heures, je relis le scénar. Et je....pars réveiller l'équipe qui a passé la nuit en boîte...Hum...
Tout le monde dort sauf l'ingénieur du son...On se barre dans nuit en voiture. Nous atteignons le col de Vizzavona. Le ciel est pur. Antoine Bonfanti fait des « sons », et boit un litre de café non sucré. L'équipe arrive sauf les acteurs qui n'ont pas lu la fiche de service. Bravo pour le professionnalisme. Il doit faire -2°. Le décor naturel est sompteux. Les machinos installent un travelling en montagne près du vieux fort en ruines. Les comédiens se pointent à dix heures...Je reste zen. Antoine pète les plombs.:
« j'ai fait le son du « Dernier Tango », Brando était là avant tout le monde ! Vous êtes des cons »
Il vient de dire tout haut ce que je pense tout bas,
Il ya 20 figurants en costumes qui attendent. Bref çà démarre. Merde j'ai une extinction de voix.
Un groupe jaillit en armes de derrière un mur, la lumière est fantastique. Au loin des montagnes enneigées. Un coup de feu claque. Il y du sang partout. L'actricette est fabuleusement belle. Mais ce n'est pas çà....Elle n'est pas bonne et à ce stade je suis dans la merde. Rien à faire. Elle est franchement mauvaise. Je lui parle à part, je ruse, je provoque, j'explique. J'ai des envies de meurtre elle va me plomber le film. Tout d'un coup elle me gerbe dessus et m'annonce qu'elle est enceinte de deux mois, Ah ce joli teint, et ces seins si ronds tout à coup...voilà le truc. Bref j'espère qu'elle ne va pas me faire une fausse-couche en montagne.
Le soleil a tourné,la brume arrive. Nous reviendrons demain si....la lumière est raccord. J'ai envie de tuer quelqu'un au hasard,,,,
Mais la journée n'est pas finie. Direction Ajaccio, salle de Cinéma « les 3 stars » où nous allons tourner une scène de « cinéma » eh oui. 30 Figurants attendent dans le bar à côté.
Vas-y encore. Je ne sens plus mon corps. Dix heures du soir. Premier clap. Le chef-électricien pète les plombs c'est le cas de le dire. Normal on est en plateau depuis 9 heures du mat.
Pas grand chose à faire. C'est une scène où des spectateurs assistent à une projection avec le réalisateur dans la salle. Deux ou trois comédiens doivent dire deux phrases critiques sur le film qu'ils sont censés avoir vu. Tout à coup une figurante se lève en pleine prise. Elle sort de la travée et s'effondre : crise cardiaque...S,A,M,U,,,,mais c'est super tout çà, un moment j'ai pensé garder la scène au montage...mais bon.,,,,
(à suivre)
 
le fort Marbeuf à Vivario. Décor du 2 ème jour de tournage.
 

Troisième jour de tournage. Extérieur jour.

La lumière et la brume avaient envahi Vizzavona, la veille. Nous obligeant à plier bagage et laisser la scène en suspend. Encore des plans à tourner en montagne. Seulement voilà : sur la vingtaine de figurants il n'y en a plus que 7 présents. J'improvise totalement et serre au cadre. Le montage fera le reste. Et le montage l'a fait, comme la lumière était totalement et par miracle raccord on ne voit strictement rien à l'image. Le seul coup de bol du film au milieu d'une avalanche de cataclysmes.

Vers midi nous faisons route vers la vallée de la Cinarca, à une heure trente de route. Dans la maison familiale, très typique de la maison corse traditionnelle. Je tourne un séquence où une femme « corse » sort de chez elle. La scène est emballée en deux temps trois mouvements ou presque. Et l'actrice heu....me gerbe toujours sur les pieds en se plaignant de nausées : les joies de la maternité et du cinéma mêlés.


L'après-midi doit se dérouler une scène où la jeune femme entre dans une maison en ruine.

Lourde installation technique. Travellings très longs. Scène compliquée et délicate sur le plan technique. Je donne enfin le moteur. Soudain dans le champ, deux attardés font leur apparition. J'arrête la scène. « Vous voulez bien sortir du champ s'il vous plaît » - « Qui nous ? «   - »oui vous » - »eh nous on est sur la place on est pas dans le champ ». Je craque. Cette fois-ci c'est le fou-rire général. Je maudis JG qui m'a laché pour l'assistanat mais je n'arrête plus de rire.


Nuit : retour à la villa à Porticcio.

On tourne une scène où le « héros » du film doit vomir dans les chiottes. Compliqué. Décor naturel les W;C sont très étroits, finalement; je le filme en champ, baissé sur le cuvette. Et en contre-champ la caméra est censée être au fond du bidet. En fait, nous avons démonté la lunette, et callé celle-ci à la verticale. L'acteur se penche, l'effet est saisissant. On dirait vraiment que la caméra est au fond des chiottes. Mais voilà le hic, à force de faire semblant de vomir, l'acteur vomi pour de vrai. C'est une des scènes les plus réussies du films.

Le soir la production me dira qu'on a pas assez de fric pour les finitions du film. Ambiance et enguelade avec ce connard de producteur qui a emmené sa maîtresse sur le tournage aux frais du film, grevant ainsi le maigre budget. La garantie de bonne fin ? Ouais...bon.

Soir trois heures du matin

Le téléphone sonne.

- lui :»dis-moi on va la voir totalement à poil ma femme ? »

- moi :»oui-

-lui - « je te préviens je viens et je casse tout sur le tournage ».

- moi : « eh bien viens !!!"

-lui : « tu comprends c'est pas çà, mais çà me fait chier qu'on la voit nue. Enfin tu comprends... »

-moi : « oui je comprends mais tu sais finalement on ne la verra peut-être pas, elle est plutôt mal foutue »

-lui : « quoi ! Elle est mal foutue ma femme ? »

-moi « t'en fais pas nous l'éclairerons du mieux possible, elle sera bien »

- lui : »Elle est mal foutue ma femme ?

- moi : « oui ! Si tu veux le savoir, elle est mal fichue !  On la verra dans la pénombre »

-lui « ah mais non alors, elle est vachement bien !!! »

-moi « laisse-tomber ! »

-lui : « ah non !!! puisque c'est comme çà JE VEUX qu'on la voit nue !!!et en pleine lumière »


(OUF  !!!!)

Quatrième jour. Extérieur jour/ Intérieur nuit : la TOTALE !


Le matin à l'aube nous tournons encore dans la vallée de la Cinarca une scène où doit apparaître le FLNC. La scène se déroule dans une église en ruine figurant un plasticage. Bon ,,,il m'aurait été facile de trouver une villa plastiquée, mais autant ne pas achever les propriétaires en tournant une telle scène en post-live ou plutôt en post-mortem et ...bonjour les emmerdements.

Tout le monde est là. Le décorateur a apporté des cagoules, des treillis, des mitraillettes « plombées » avec fiche de sortie du magasin des accessoires pour les véhiculer.

Les figurants endossent leur costume de clandestins. Soudain un gros mec arrive. :

- »C'est toi le metteur en scène ? »

- »euh oui... »

- »dis-moi tu ne vas pas tourner avec ces vieilles pétoires et avec ces types ? »

- »oui ! pourquoi  ?»

- »ah mais çà ne va pas çà, çà ne va pas être crédible !  attends ! »

La dessus le mec ouvre le coffre de sa bagnole et sort tout un arsenal aussi impressionnant qu' authentique( Galashnikov, Sten ect...). J'étais vert. La scène est on ne peut plus criante de vérité.



Soir, Intérieur nuit, Villa Porticcio.


J'avais gardé la scène » érotique » pour le dernier jour. En fait cela se fait toujours au début du tournage, mais je ne le sentais pas ainsi,

Le couple en question doit faire l'amour mais le coïtus en question doit être interruptus par une série de bombes explosant sur la ville.

Le lit en acajou est très joli. Style 1900; Nous installons l'objet du délit sur des calles sifflées. Après un dialogue à la mord-moi-le-noeud sur le cinéma. Ils doivent commencer à se caresser quand soudain la fenêtre s'entr'ouvre sous le souffle d'une explosion venant de l'extérieur. Un série d'explosions retentit.

Premier plan. Elle est nue de dos à plat ventre (scène de citation du début du Mépris de Godard). Tiens elle craque et commence à pleurer. On recommence, maintenant elle rit nerveusement.

Je suis sur le praticable avec la scripte. J'éclate de rire. Je n'arrête plus.

Il me faut dix minutes pour me calmer.

La caméra est sur le praticable en plongée sur le lit.

Cà y est ils commencent à baiser. Enfin à simuler. Elle gémit. L'acteur s'active comme un possédé. Ah non ! Bon sang on dirait un viol. Je donne la coupe. On recommence.

Nouvelle prise au sol. Là le couple est en pleine action. Soudain CRAC ! Les cales-sifflées glissent le lit s'effondre.

Fête du tournage, le soir. 40 Personnes dans la villa. Pour une histoire de bouteille de vin, c'est l'explosion. Le chef-electro gifle sa femme. Un machino lui saute dessus. Bagarre générale. Je rentre hagard à six heures du mat chez moi....Et je me réveille le surlendemain. J'aurai dormi dix neuf heures d'affilée.

Mais çà valait le coup !

Plus tard festival du film Méditerrannéen de Bastia. Je suis au fond de la salle presque sous le siège. Entre temps l'acteur principal s'est suicidé (pas à cause du film). Rien à dire. Un exploitant a passé le film en avant-programme une trentaine de fois.

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Publié dans Cinéma

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O
Difficile moment pour en dire plus mais les phrases comme « Antoine Bonfanti fait des « sons », et boit un litre de café non sucré. L'équipe arrive sauf les acteurs qui n'ont pas lu la fiche de service. Bravo pour le professionnalisme. Il doit faire -2°. Le décor naturel est sompteux. Les machinos installent un travelling en montagne près du vieux fort en ruines. Les comédiens se pointent à dix heures...Je reste zen. Antoine pète les plombs.:<br /> « j'ai fait le son du « Dernier Tango », Brando était là avant tout le monde ! Vous êtes des cons » <br /> Il vient de dire tout haut ce que je pense tout bas,<br /> Il ya 20 figurants en costumes qui attendent. Bref çà démarre. Merde j'ai une extinction de voix. » nous font désirer quelques autres situations où il est toujours réactif.
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C
je suis bien marrée moi aussi et j'en redemande ( LOL) Bis bis bis
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Alors attends le prochain tournage.MDR !
S
Pourra-t-on voir un jour? Quel est le titre?
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bah ...Il y a tout de même quelques temps et l'unique copie 35m/m de "Corsican Graffiti" (lol) est plutôt en mauvais état.
M
C'est toujours marrant d'avoir l'histoire en entière. "Lost in Corsica", le film maudit de Wildfire. :D
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i'll be never lost in Corsica. Je ne serai jamais perdu en Corse. En revanche il est vrai que ce tournage fut un lieu de perdition pour beaucoup de monde. Finalement le film est pas mal du tout. Il m'a fallu un certain temps pour le reconnaître....<br /> Wild.
S
Décidément, j'ai raison de rester fidèle à ton blog... Je viens de me payer une jolie crise de rire de bon matin! Ah c'est plus qu'épique, c'est burlesque... ça mérite un making of avec TES commentaires... J'espère que le prod' et l'actrice ne connaissent pas l'existence de ton blog! T'es pas gentil avec cette fille enceinte... elle a vomi tout ce qu'elle pouvait sur tes chaussures mais ce n'était pas de sa faute, c'est le corps qui exulte! Ahh, lol!! Je n'en peux plus! <br /> Bon, c'est à mon tour de bosser!<br /> Bon retour à la vie normale... n'oublie pas de planquer les armes, ces vraies "pétoires"! :)
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l'actrice en question vit au Mexique. C'est vrai elle était bonne aux répétitions car elle n'avait pas de nausées. Mais elle m'aurait dit qu'elle était enceinte de deux mois je l'aurais remplacée.  Le producteur je ne veux pas en parler, il sait ce que je pense. Quant aux armes, je ne connais pas ce mec qui a fait irruption sur le tournage et tu penses bien qu'il est reparti comme il était venu avec son "chargement."<br /> J'ai aussi "évité" de raconter certaines choses...Les histoires de cul sur le tournage, çà n'intéresse personne. Mais je dois dire que là aussi...C'était "burlesque".<br /> Wildfire