CORSICA PE SEMPRE !
Comment est-elle née ? J'aime la croire issue du magma igné, du crachat d'un dieu volcanique qui aurait dressé dans son erection de pierre cette île défiant le ciel et la Méditerrannée. Visage de granit s'ouvrant sur les brumes de l'hiver, suant la froidure, visage écrasé d'un soleil blanc d'Août qui défie le bleu, elle est Corsica. "Kallisté" (la plus belle) disaient les Grecs anciens.
Oui elle est belle. Elle est belle comme un cheval indomptable, belle comme une femme étrange au parfum vénéneux dont la beauté serait un piège. Elle est noire et rouge disait Stendhal, elle est l'Eau et le Feu, elle est la Corse et je l'aime.
Cette île est un piège, c'est une île-socière qui vous enchaîne à elle comme Circé le fit des compagnons d'Ulysse. Elle me construit et détruit à la fois. Elle me tue et me régénère lorsque de ses vallées montent les chants étranges du vent qui a inspiré les hommes, chants du granit et de l'eau, chants de la brume et du feu. Chants sauvages lorsque vers Vizzavonna le vent se prosterne avant de fuir vers la mer.
Je sais une source où palpite le coeur des hommes, ceux qui ont bu des cette eau sont ennivrés à jamais du parfum de l'île, l'elexir est fatal, il appartiennent à cette terre pour l'éternité. Je sais une montagne où dorment les âmes des damnés de l'île, ceux qui font fleurir l'asphodèle de Mai, ceux par lesquels la nuit gémit dans son deuil solaire. Ceux qui voient au delà du temps, au delà de la mort. Leur nom se transmet dans les villages déserts, nul ne le prononce sinon les orages de décembre et les feux des solstices. Ne cherchez pas ce nom dans les livres, cherchez le sur le lit des rivières quand les soleils se cachent, cherchez le lorsque la lune fait palir les vignes. Vous trouverez ce nom dans l'oeil apeuré du renard, dans le souffle du taureau, dans le sang de l'agneau et celui du corbeau.

Sans doute ai-je la nostalgie d'un Eden perdu celui de l'enfance, celui où les jeux n'étaient pas électroniques mais de pierre et de bois. La Corse agit en moi comme une puissance vitale, mais cette puissance comporte aussi son revers.
Une société close, autarcique ou le paraître a pris le pas sur l'être et ou le consummérisme fait des ravages. J'évoque plus loin le "mazzérisme" sorte de chamanisme insulaire, certes celà peut faire sourire. Peu importe je prefèrerai toujours ce regard étrange sur le passé et ses légendes à l'affichage de l'avoir qui tient lieu d'être en Corse. Certes, le propos peut sembler radical, je me garderai toutefois de généraliser.
Je ne voudrai être lapidaire, mais la société Corse telle que j'ai pu la connaître se meurt : éclatement de la cellule familiale, brèche, que dis-je abîme dans les liens de solidarité tels que je les ai connus durant l'enfance et l'adolescence. Avoir et avoir encore. Mépris de l'autre, absence de respect pour les différences et envie telles sont aujourd'hui les règles de cette île. Bien sûr...il y a les sentinelles, celles qui passent les relais du passé, heureusement. La nostalgie est toujours ce qu'elle est. Cependant force est de constater que ceux qui se faisaient les fers de lance de la société Corse ont été les premiers à la corrompre. Entre les "clans" et les "pseudo-révolutionnaires" le fil est très mince. Voire inexistant.
Le regard n'est pas sévère, il se veut lucide.
Me restent alors un regard gris éteint au pied d'une montagne, le mouvement d'une faucille sur l'herbe de juin. Des yeux noirs de femme. Le souvenir d'un homme assis contre une murette de pierre et qui, une casquette sur les yeux lisait "La Terre", c'était il y a bien longtemps et cet homme qui gardait les troupeaux, ils ont ramené un jour son cadavre à dos de mulet. Je revois encore un autre homme, une nuit d'orage s'emparer d'une jument et parcourir sous les éclairs une route de montagne.
C'était ma Corse.

CORSICA paroles de Petru Guelfucci.
| In un scornu di lu mondu, | Dans un recoin du monde |
Companero
Piove nant'à a via
L'onda sgasserà
U sangue ; a nutizia
D'ellu ùn ci serà
Piove nant'à a via
L'onda infangherà
Pientu è rumore
Ma chì si pò fà ?
Una manera di cantà a storia
Una manera di fà ch'ogni loca
Per tè compañero
S'innalza una manu di fraternità. 
Piove nant'à a vita
L'onda benistà
Sumenta ardita
Chì spunta dighjà
N. Luciani
(Natale Luciani, était un militant corse, sans doute le plus intègre,décédé voici bientôt deux ans, hommage lui soit ici rendu.)
