Cinéastes italiens en lutte. Marco Tullio Giordana
Deux cinéastes italiens, deux films. Des films « miraculés » dans l'Italie Berlusconienne propre à étouffer toute création audiovisuelle qu'elle soit télévisée où cinématographique. Des films de résistants à un système et qui disent ce que l'on montre peu à l'écran en Europe : le monde des laisser pour compte. Le tiers monde européen dénoncé avec subtilité et émotion par Marco Tullio Giordano et Feranz Ozpetek même si le film de ce dernier est produit par « Médusa » filiale de ...Berlusconi. Un autre réalisateur et non des moindres à choisi de ne plus tourner tant que Berlusconi serait au pouvoir : Ettore Scola. Vu l'âge du réalisateur nous risquons bien de ne plus jamais voir aucun film portant sa signature. 
Marco Tullio Giordana qui avait déjà donné deux films forts : « la meglio Gioventù » et « i cento passi » . Giordana filme ici un scénario d'une cruauté sans concession aucune. « Quando sei nato non puoi piu nasconderti » (Lorsque tu es né, impossible de te cacher » où un enfant de la grande bourgeoisie italienne découvre le monde social à travers une aventure qui a failli lui couter la vie. Point de manichéisme chez Giordana. Un monde de misère qui n'est pas meilleur que l'autre mais qui le subit et n'a qu'une loi : survivre à tout prix. Son film se clot sur un constat désepéré : non puoi piu nasconderti quando sei nato. Tu ne peux te cacher au monde mais tu peux sans doute le changer pour Marco Tullio Giordana nous sommes loin de ce changement qu'il espère.

Autre film « Cuore Sacro » de Feranz Ozpetek qui avait déjà donné un film sublime « la Finestra di Fronte » Cette fenêtre d'en face s'ouvre cette fois-ci sur une jeune et fortunée architecte qui après avoir la rencontre avec une gamine de la rue et le décès de celle-ci voit sa propre personnalité et sa vie changer.Elle découvre le monde des sans-papiers, le quart monde des faubourgs de Rome. Elle décidera de lui venir en aide mais le chemin lui fera découvrir qu'il ne sert à rien de venir en aide à une poignée si on ne change pas tout un système.
La conclusion de ces deux films est désepérée : rien ne peut plus être changé. Au cinéastes italiens des années 70 (Elio Petri, Damiano Damiani, Francesco Rosi) qui prônaient un révolution ou du moins des changement brutaux de société. Tullio Giordana et Oztepek font le constat amer d'une société fermée ou toute échappée toute veilleité de progrés social semble illusoire. This is the end ?
En tous cas ces deux films montrent la santé créatrice du cinéma italien qui malgré Berlusconi arrive à produire des oeuvres fortes. Sans doute les cinéastes français très tournés vers eux même n'ont -ils ni la volonté ni le savoir-faire des cinéastes italiens. J'attends « Romanzo Criminale » du cinéaste militant Michele Placido pour complèter ce tryptique. Je n'attends pas grand chose d'une cinéma politique à la française.