Frederic Gorny : Sept jours en Corse
Je l'attendais et il parut là sur le tarmac de l'aéroport d'Ajaccio, le sourire canaille aux lèvres et l'air primesautier. Frédéric Gorny, comédien de son état et dans tous les états est très "joueur". Les plaisanteries fusent en rafale à propos de tout et de rien. Tiens il débarque en treillis militaire, une touche d'humour par ces temps de bombes et de nuit bleue ? Non il n'y a pas pensé me dit-il en éclatant d'un rire malicieux. Comme je m'y attendais le connaissant, le mec est une vraie pile 1 000 000 de volts.

Il arrive à la maison du village et se crashe sur le lit et s'endort. Tiens ? Le tournage à Vilnius de "Guerre et Paix" a dû être épuisant, à moins que ce ne fut la résultante d'une nuit passée avec quelque belle. Non il arrive tout droit de Lithuanie et le tournage se poursuivra en octobre.
Plus tard dans la soirée nous irons boire l'apéro sur la plage de Sagone et souper de poissons à Tiuccia. Ce fut le début d'une semaine pour le moins très heureusement mouvementée dont vous lirez les développement sur ce site. Voici le hors d'oeuvre :

et la visite commence pour vous aussi :

champ...

Contre-champ...
et de l'eau pour la route...contrairement à moi ce mec ne boit que de l'eau un mauvais point au départ...

A SUIVRE
Il est vrai que gravir une colline derrière quelqu'un qui a participé à" Fort Boyard," n'est pas de tout repos, surtout lorsque 20 ans et 20 tonnes d'excès nous séparent. Mais sans doute le lien de l'amitié fait que les épreuves physiques sont moins pénibles.
Après une longue après-midi à la plage du Liamone, longue plage blanche qui s'étend sur plusieurs kilormètes voici une journée à Vizzavona et au Monte d'Oru,( la montagne de l'or). Frédéric trace en tête et je le suis...enfin du moins j'essaye. Il faut dire aussi que la route qui y conduit est superbe, faite de précipices et de montagnes bleues devant lesquelles l'acteur s'extasie alors qu'il a tourné "Premier de Cordée" sur le Mont Blanc. Il n'est sans doute pas de petites montagnes, seul le regard fait la montagne et nous oblige à lever les yeux. Sur la route, l'acteur lit d'une diction impeccable le Nouvel Obs à haute voix pour le conducteur qui écoute, sourire aux lèvres. Instants privilégiés.
Demain Veru (Vero) et cinq heures "d'Accrobranches", cinq heures d'acrobaties en tous genres entre les pins, dans un décor à couper le souffle et qui fait que la Corse est une île de passions. Puis le soir, Cuttoli-Corticchiatu de l'autre côté de la vallée de la Gravonna. Un village rude, du vin, des amis encore et toujours, encore et toujours cette amitié chaleureuse et désintéréssée, vraie qui rend parfois la vie moins difficile.

Le lendemain encore, les roches de sang de Piana, et la tour de Porto, défi au bleu, à l'horizon, aux forces de la nature."la mer sans cesse renouvelée." Au fond le Corse que je suis est à l'image se sa terre du moins c'est ce que j'explique à Frédéric, du moins, je sais qu'il me croit, lui qui devine à plusieurs mètres l'odeur des figuiers sauvages autour de l'église orthodoxe de Cargèse (Carghjèse) la Grecque. Là-bas à pic sur la méditerrannée, ce rêve blanc et bleu de l'alliance d'une méditerrannée possible au-delà des conflits et des luttes.
Plus tard, plus tard la tour Marbeuf, où furent emprisonnés les rebelles Corses du temps de l'annexion de la Corse à la France, là au dessus de Vivariu sous le soleil brûlant du mois d'août. Là sous le zénith à midi dans la sueur et les odeurs d'immortelles. Instants d'histoires sanglantes que le guide que je suis devenu tente d'expliquer et de faire partager. L'odeur de la Corse rebelle, qui a fait parler la poudre et tanguer les gibets, les pierres et le Monte d'Oru en témoignent. Là sur ce pic où le vent de l'histoire se prosterne sous le vol des corbeaux.

Plus loin, beaucoup plus loin, après une série de blagues durant le chemin, la Castagniccia s'ouvre. Et le Corse que je suis, réinvente, redécouvre aime encore ces monts de chataîgniers et ces villages silencieux perdus dans le vert, ces couvents en ruines ou trainent les fantômes "d'hérétiques" et de moines-guerriers, Piedicroce, église et couvents perdus dans une jungle, improbable "oeuvre au vert" . Tout celà est si fort, si intense qu'il faut bien quelque dérision et plaisanterie pour ne pas s'exclamer "Ave Corsica".

Aimer la Corse , encore et toujours, briser les clichés, expliquer à qui peut et veut comprendre au-delà des médias. Faire entendre le coeur de l'île qui palpite au rythme de son propre coeur et de l'Histoire. L'Histoire du sel et du sang. AVE CORSICA ! Et tout celà je te le donne, d'où que tu viennes, que tu sois comédien, ou simple citoyen. Je te le donne comme un cadeau secret car cette île est à mon image, car cette île m'a fait, et détruit pour mieux me construire.

Demain, "le voile de la mariée" à Bocognano (Bucugnà) cicatrice vibrante de la cascade dans la pierre, là face au Monte d'Oru, face à l'Homme de Granit qui vit en moi pour toujours.
