Un aria di Venezia

Publié le par M.

Tu me diras à nouveau Venise ? Oui. Encore et toujours. Rien n'est plus étrange que cette preignance dans la mémoire de  ces images suspendues dans le temps entre ciel et eau. Comment suis-je arrivé à ne voir que Venise en faisant une abstraction totale des hordes de touristes qui y défilent un peu comme à Disneyland ? Sans doute mon "envie" de Venise a-t-elle été plus forte que tous les désagréments qu'un tel voyage peut comporter.  Tout est dans le regard. Trajet de l'oeil au fil de l'eau. Sirènes dans la brume du matin quelque part dans la lagune. Tout est dans le regard encore. "Reflets dans un oeil d'or".  Venise sait faire chanter les bouches de marbre des statues et transformer la brise qui parcoure la lagune en un choeur harmonieux. Miaulements de chats du Musée Peggy Gughenheim. Matisse derrière le miroir.  Dali s'accroche aux lustres. Là dans le jardin près du fauteuil de pierre gît une milliardaire américaine ainsi que ses cinq chiens. "La forme disparaît mais la racine est éternelle. " ces lettres figurent en néon bleu sur les pierres du jardin où un mobile aux nombreux triangles tourne inlassablement. Et puis, sur le débarcadère il y a ce cavalier de bronze au sexe érigé mais escamotable dans le cas d'une improbable visite vaticane. Le soir avance et les chants des inévitables gondoliers  se répondent en un écho sempiternel pour d'éphémères amoureux en quête de clichés et de romantisme cheap. Le prêt à aimer.

Moi j'aime la Venise du loup, celle qui sent un peu la moisissure qui suinte du rouge des briques où viennent mourir les rêves. J'aime la Venise des masques et des ombres. La clarté de l'obscur. La fulgurance de l'éclair sur les Dômes, les gondoles drapées de noir emportant les corps à travers cet Achéron de lumières. Le grincement que font les poutres des clochers avant que ne tintent les cloches qui font vibrer le crépuscule. Venise où les ors et les marbres viennent masquer la fange qui dort au fond des canaux. Venezia de la condition humaine le symbole entre rêve et cauchemar. Tout est dans le regard.

 

 

 

 

 

 

 

   
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