Venezia ancora ? E si !

Publié le par M.

Alors me diras tu : Venise encore  ? Mais tu es dingue ! eh oui. Venise est l'accomplissement, le début et la fin de toutes choses. Tu peux envoyer des types sur Mars, s'ils n'ont pas "vécu" Venise, circulez dans l'espace, il y a longtemps que vous êtes en apesanteur ? Atterrissez à Venezia et bienvenue dans l'espace-temps.

Je me souviens de ce jour de mai, errant du côté du conservatoire de musique du côté du Campo San Stefano cette grande place en face de l'Accademia. Le portail du conservatoire est soutenu par deux géants de pierre, la place est dallée et brûle sous le soleil. Il n'y a aucun banc, alors tu t'assieds parterre et du attends, un air de piano, une voix de cantatrice qui fait des vocalises. Une voix qui emplit l'air de printemps, là sous le soleil, là sur les pierres blanches de la piazza.

Je te donnerai l'éclat de la voix qui fèle le marbre des statues, je t'offrirai cet espace de verre multicolore qui éclate sur l'eau du canal. La voix inconnue d'une cantatrice de l'ombre qui éclate à la lumière de midi. Là seul, enfin et heureusement seul. Cette voix pour moi glissant sur le marbre coulant le long du Grand Canal. Dai hai detto "vedere Venezia e morire" (voir venise et mourir ) non voir Venise et s'en repaître pour l'éternité, vivre et vivre encore pour et par Venise. Venise mon amour.

Grande putain de l'Adriatique, Venise parée pour un bal impossible unissant les morts et les vivants,  Venise Disney-land que je hais. Mais Venise crépusculaire, que les touristes ont quittée comme on quitte une pute après avoir tiré un coup. Venise fatiguée de tous ces pas, de ces clameurs, de ces clics de Nikon. Venise repue, foulée, oubliée. Du fond de tes canaux monte le chant des amours défuntes, factices ou réelles d'amoureux imbéciles, avide de clichés et d'anges dorés.  Venise agonisant au crépuscule dans un sursaut de vie de pourpre et d'or où le rêve se noie dans le mauve.

 Un gondolier s'époumone sur la même chanson. Là au Casino, Wagner est mort, victime d'une chevauchée improbable. Sur le Grand Canal des paquebots infâmes labourent tes flancs et  font vrombir tes rives. Je vis dans le rêve de tes prisons, Casanova incertain. Je flotte vers le large, cet horizon de brumes, là-bas des îles de verre et de dentelles. Là-bas un cimetière sur l'eau, l'île-cimetière comme l'île des fous.  Mon état d'insulaire me rattache donc à toi, île parmi les îles. Chaque homme est une île, chaque femme est Venise.

Dis moi, toi la ville hors du temps, quelles sont  les voix, les paroles , quels sont les mots , les gestes des peintres, les coups de maillets des sculpteurs qui t'ont donné la vie ? Quel est au-delà du temps celui qui a réalisé cet impossible rêve, ce mariage du cauchemar et du songe ? Cette alliance de la vie et de la mort. Là sur l'eau, aux portes de l'Orient  tu défies les siècles et lorsque je parcoure tes ruelles je suis un homme et tous les hommes à la fois. Comme toi je ne m'éteindrai qu'à la chute de la dernière étoile.

 
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Publié dans Corsica per sempre !

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