le regard d'Hécate.

Publié le par M.


« Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles à certaines heures pâles de la nuit....



« Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes simplement
Des problèmes de mélancolie
Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir
Et l'on se dit qu'il est bien tard... »
Leo Ferré.
                                                                      

Pour qui a traîné à certaines heures pâles de la nuit durant des années et traîne encore, juste avant la fermeture d'un bar, avec la voix de Billie Holiday qui s'évade derrière les néons et du comptoir où le taulier les traits tirés observe d'un air entendu ou las. Vous viens t-il en mémoire ces instants privilégiés ou l'autre vous regarde et s'ouvre à vous comme il ou elle ne le ferait jamais en plein midi ? L'alcool peut-être mais la nuit a ses mystères, elle rapproche dans le silence ouvre les portes du dire, de ces mots retenus dans la lumière du jour et qui viennent fleurir sur un table de bois dans un lieu enfumé. La sirène d'un bateau qui quitte le port, le trottoir au dehors qui luit sous l'humidité... Reflets d'un regard dans un verre d'armagnac qui tangue et réchauffe entre des mains fermes, regards de l'autre qui attend une réponse à une interrogation ou à une confidence qu'il juge vitale, essentielle.
Et toi que dis-tu ? Parles tu des amours mortes ? Des amitiés trahies, ou de ceux qui ont traversé l'Achéron juste avant le souvenir d'un verre de champagne. La nuit dissous le temps.
Traces tu sur l'échevaux du passé les fils de l'avenir ou les barbelés du mal-être. Dis-tu les souvenirs de ces femmes à la gorge tendre et à la lèvre fruitée. Billie Holiday chante, la fumée danse autour des lumières rouges. On t'a raconté l'amour. Tu as vu s'enfuir l'oeil de l'autre dans un autre temps que la nuit a ouvert, le temps du rêve éveillé, le flash-back qui fait tanguer ton regard au delà du miroir. Traversée des apparences, tu es dans le temps de vérité, ce temps éphèmère que t'offre la lune et où tout bascule. Tu as ouvert les veines du souvenir et le sang qui en coule est pourtant assèché. Oeil contre oeil. Verre contre verre. Mots chuchotés hésitants, livrant le secret des anciennes blessures et des printemps éteints. Quais de gare déserts où tu ne l'a jamais revue, odeur de la dernière étreinte qui se mêle à celle du cognac qui danse sur la table à la lueur d'une bougie vacillante. Tu as oublié le dernier orgasme celui de l'adieu d'un corps qui ne reviendra plus s'échouer contre toi et qui avait brisé le quotidien diurne. Le jour sert à survivre, la nuit sert à vivre.
Parles tu de ces visages que tu as vu près de la mort et après la mort ? De cette ombre qui s'étend peu à peu lorsque le sang se retire et que la statue se fait de marbre ? Ce sont des choses d'après minuit, l'heure des déchirures. L'heure des souvenirs qui viennent s'échouer contre le miroir d'un comptoir, entre un piano-jazz ou une voix celle de Mercedes Sosa ou de Chavela Vargas accompagne le film de ta mémoire.
J'adore ces instants magiques ou l'autre va dire, va s'ouvrir et livrer une parcelle de sa vérité.
Sous l'oeil impassible d'Hécate, seule la nuit en est la toile.



Publicité

Publié dans Corsica per sempre !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
W
il va sans dire que lorsque j'aurai Agnès au téléphone ou lorsque je la verrai en septembre je lui donnerai l'url de ton blog. Bravo continue.
Répondre
A
Merci Mr "Wildfire"... votre petit message m'a fait très plaisir ce matin en arrivant au travail. J'espère bien un jour rencontrer Agnès J. Quelle chance vous avez de la connaître; je suis sûre qu'elle est telle que vous la décrivez.<br /> <br /> Si vous la croisez, envoyez-lui le bonjour de ma part (rires) et dîtes-lui de venir faire un tour sur ce blog!!!<br /> <br /> @ très prochainement
Répondre