Cinéma, quelques points de vue

Publié le par Wild M.

AVIATOR de Martin Scorcese

Un Scorcese est toujours un film très attendu. Dans "The Aviator" c'est une véritable leçon de mise en scène que donne Martin Scorcese, à un tel point que l'on se demande comment il pourra encore surprendre tant l'homme arrive ici au sommet de son art. En effet quel sujet aurait pu convenir le mieux a ce cinéaste cinéphile enragé dont le moindre plan est un hommage au cinéma d'avant-guerre et au cinéma tout court ? Tout ou presque est dans The aviator, impeccable. De la reconstitution des costumes et décors, aux dialogues (Hugues à Katharine Hepburn : "N'oublies pas que tu n'es qu'une actrice")l'ensemble du film semble provenir du passé avec des techniques actuelles ce qui rend sa crédibilité biographique renforcée. Scorcese rend hommage au cinéma qu'il adore tout en n'épargnant pas les moeurs du Hollywood de l'époque, sous la pellicule l'enfer. Un enfer dont le démon habité à la fois ange inspiré et innocent machiavel malade est Howard Hugues. Et il faut dire ici que la prestation de Di Caprio par ailleurs producteur exécutif du film est proprement hallucinante de sobriété et de vérisme. Di Caprio rejoint donc la liste de ce que les américains appellent acteurs "transformers" comme le furent avant lui de Niro ou Al Pacino. Une seule petite ombre à ce tableau ni Kate Beckinsale ni Jude Law n'ont le charisme voulu pour interpréter dans de tout petits rôles, respectivement Ava Gardner et Errol Flynn, mais celà vue l'ampleur du film et son impact émotionnel et estéthique est vraiment un détail.

 

Le Silence d'Orso Miret.
"Le silence" porte bien son titre, au delà de la dite "omerta" Corse le film est celui du regard et du non-dit, le regard omniprésent glisse sur des paysages âpres, tourmentés à l'image de ses personnages, ici tout est symbole. Le regard est aussi celui du rêve et du cauchemard. Miret réussi cent fois ce qui n'existe presque pas dans le cinéma français un film dont l'impact est au delà du dire. Après la lamentable Enquête Corse on était en droit d'être inquiet. Qui réussirait à montrer la Corse d'une façon quotidienne, au delà des clichés, une corse dure, virile, rude où la beauté et le sang se mêlent étrangement à la mort. Là où Bergman interrogeait le Silence de Dieu, Orso Miret interroge celui des hommes, son personnage recherche sa place dans une île qu'il aime et qui fait partie de lui au même titre que sa femme enceinte. La mort et l'enfant qui va naître, les baignades dans les rivières sous la lune et un meurtre au soleil. Etrange film qui préfigure une oeuvre à venir forte et dense.

Je viens de recevoir un commentaire sur ce film (vous pourrez aisément le consulter, le fait est que je m'inscris totalement en faux sur son contenu, dans la mesure où je n'entends pas du tout dans ma lecture du film, le "silence" comme "l'omerta" qui c'est vrai est une exportation lexicale sicilienne. Le silence est pour moi celui des hommes. Il ne s'agit pas tout autant de la non dénonciation, mais plus encore d'un silence qui rend le monde clos. Dire la vérité n'est sans doute pas révolutionnaire, mais chez moi sur cette île celà l'est encore moins, puisque toute tentative de mise à jour de ses dysfonctionnements (je ne parle pas des meurtres, mais des dysfonctionnements en général comme il en existe ailleurs, vous mets directement au ban de la société insulaire. Même si cette vérité vous paraît salutaire pour l'île. Dire par exemple que la centrale thermique du Vazzio a Ajaccio, tue des centaines de personnes, il a fallut 25 ans pour y arriver. Dire que le système de santé est médiocre, mieux vaut le taire etc...

En bref, en psychanalyse on dit que "la parole libère", qu'en est-il de ce concept adapté à une société et particulièrement la société insulaire ?

Celà dit j'aime suffisament la Corse pour me foutre totalement de ce que l'hexagone peut penser de nous.

J'espère avoir été clair.

 
 
Comme une image d'Agnès Jaoui.
Le film de l'intelligence, une oeuvre d'une rare acuité et sans concession aucune. Agnès Jaoui ne fait pas de cadeau à la société dans laquelle nous vivons, pas plus qu'elle n'en fait à elle même. Un film dur, où le rire grince et s'étouffe parfois. Stigmatisant la société "des apparences" et celle de l'image, "le regard des autres" vécu comme un enfer où le diable n'oublie jamais de sourire. Des petites lâchetés, aux vaines flatteries et flagorneries le film stigmatise âprement la comédie des vanités et de l'égotisme. Magnifique. Mais il me faut y retourner tout celà est trop dense pour accueillir d'emblée cette oeuvre majeure du cinéma français.

L'Enquête corse  ou l'imbécilité filmique intégrale

 Voilà donc le grand retour de la comédie série Z à la française qui fit les beaux jours des années 70, de l'humour tartignole bien gras, un poil raciste et surtout très populiste après tout c'est dans l'air du temps... En fait il n'y a pas grand chose à dire, Clavier bof... Reno bof... La mise en scène de Berbérian louchant sur un côté légèrement bondien au début s'avère plus que conventionnelle et tout à fait convenue. Sur le fond, ce film est bien à l'image de la France, là où l'italie a fait de son actualité sanglante, un "salvatore Giuliano", là où il aurait fallu un Rosi, ou un Elio Petri, ici on préfère la gaudriole à un centime d'euros... Bof... Circulez il n'y a rien à rire... Désespérement rien de rien.

Le Cadeau d'Elena de Frédéric Graziani. 
Le cadeau d'Elena n'est certes pas un film fait pour engranger des millions d'entrées. C'est d'abord ce qui en fait le charme. Certains y on vu un téléfilm, comme si le cinéma intimiste devait forcément passer par la case télé et laisser la place aux blockbusters hexagonaux ou non. Le cadeau d'Elena, c'est d'abord un regard sur la société insulaire, la Corse, un regard aigu ou les gestes ébauchés se perdent et où les silences et les regards ont plus de poids que les dialogues, car telle est la Corse. Silencieuse abritant la société du non dit, de l'ébauché, de la compréhension tacite. Il n'est donc pas étonnant que la critique française soit un peu ou même beaucoup passée à coté d'un tel film. Car en filigranne d'un scénario classique et parfois bancal il est vrai, c'est bien la Corse austère qui étend ici ses ramifications chez les personnages qui en sont prisonniers. Les complices du silence, de cette pudeur de la mémoire sont là : Stéphane Rideau impeccable, sobre donne une de ses meilleures interprétations et il y a chez Vahina Giocante le parfum d'Adjani qui ne demande qu'à être humé. Cette jeune femme a une réserve inépuisable de talent et de naturel, la façon dont son visage de madonne prend la lumière rappelle comme son rire celui de l'Adjani des grands jours, mais le regard de Giocante n'appartient qu'à elle seule et il est lourd de promesses cinématographiques ouvert sur le champ de tous les rôles possibles. Le reste de la distribution de Marie-José Nat à Andréa Férréol et Michel Duchaussoy n'a plus rien à prouver depuis des lustres, dans leurs silences et leurs non-dits ils sont magnifiques. Le cadeau d'Elena est un film sur la mémoire et ses pièges, un film sur une société Corse qui se meurt doucement bousculée par les certitudes des marchés et de la "sombre europe" comme écrivait A.Camus.et en celà ce film, à la technique parfois hésitante (caméra à l'épaule sans steadycam et en scope celà est hasardeux) se révèle comme un deuil solaire, comme un lambeau arraché à une Italie qui aurait fini de sourire.
 
Alexandre  d'Oliver Stone. 
Un tel film a provoqué c'est certain une très grande attente la déception est en conséquence à la hauteur de cette attente. Le problème est certainement scénaristique, Stone a voulu une narration destructurée et celà nuit sans doute à la dramaturgie. Tout comme nuit à la crédibilité du film, le jeu très pop-star allumée de Colin Farrell par ailleurs excellent acteur. On ne croit à aucun moment que des milliers d'hommes aient pu suivre Alexandre au bout du monde, à part bien sûr Hephaiston qui avait un tout autre rapport avec le héros. Faire une telle erreur de casting de la part de Stone laisse pantois, même si Farrell sur lequel repose le film a tout de même par moments des éclairs de génie. Seulement voilà, un éclair ne suffit pas pour éclairer toute une nuit et à plus forte raison un film.

And now ladies and gentlemen, e ava signore e signori : le Site exceptionnel, d'un réal exceptionnel et d'un mec hors du commun : KING KOUNEN

http://www.jankounen.com/v3/homepage/index.php?langu=eng

Darshan son dernier film.

et son  avant-dernier

Blueberry l'affiche espagnole.

Sans doute le film n'a t'il pas eu l'accueil espéré. Peu importe. Ce film étrange restera dans l'histoire du Cinéma. Certains "blockbusters" sont déja oubliés. Mais ce film d'une puissance visuelle et d'un contenu peu commun marquera j'en suis convaincu, l'histoire du Cinéma.

Une actrice de légende : AVA GARDNER.

La pauvre Kate Beckinsale a joué son rôle dans Aviator, seul point faible du film de Scorcese. Nous sommes loin de l'original que voilà.

 Et qui plus est, une femme d'esprit :

SES CITATIONS

> L'amour se mesure à ce que l'on accepte de lui sacrifier.
Extrait de ses Ava, Mémoires

> Nous les stars sommes la seule marchandise qui ait le droit de s'absenter, le soir, du magasin.

> Une actrice ne s’appartient plus. Elle appartient à tous ceux qui la contemplent.

 

j'ai découvert un film hier en dvd, puisqu'il n'est jamais passé dans ma ville et comme j'aime beaucoup le travail de Bertolucci, j'ai attendu en vain la sortie de "Dreamers". "les Innocents."

A mon sens, Bertolucci à la vision de ce film a déja la nostalgie du cinéma qu'il faisait avant "le dernier empereur". Si l'on excepte "Un thé au sahara" dont on peut ne pas aimer l'adaptation ce qui est mon cas...Le père Berto est parti en vrille sensible particulièrement avec " Beauté volée" qui m'a consterné, sans parler de "Little Budha" totalement atypique dans le parcours du réalisateur. (Je n'ai pas vu Shanduraï" qui reste donc le seul Bertolucci que je n'ai pas vu.

 

Donc Berto est revenu avec un film nostalgique des années 70 qui l'ont vu cinématographiquement naître et on allait voir ce qu'on allait voir...Si le début de Dreamers est très émouvant pour un cinéphile (occupation et heurts avec la police à la Cinémathèque de Chaillot en Février 1968 et si la fin est magistralement filmée, mon sentiment sur ce film est mitigé. Certes, la thématique Bertoluccienne est là : sexe et politique, sexe et environnement social. Mais Bertolucci à 60 ans passés n'est plus un "innocent"

 L'auteur  dit volontiers que Godard aime "citer", et il en vient avec Dreamers, à s'autoparodier. En effet l'appartement quasi-lieu unique du film, renvoie à celui du dernier Tango à Paris, où se jouait la rencontre Brando-Schneider. Et la scène où Michael Pitt (par ailleurs remarquable) propose du miel au bout de son doigt à Louis Garrel, renvoie à la scène de la Luna, ou Jill Clayburgh "nourrissait" son bébé avec du miel au bout de son doigt. Comme pour le Dernier Tango, les personnages vivent en dehors du monde; et il faut un pavé de 68 brisant une vitre pour les "réveiller" :

"que se passe t-il ? " - "la rue entre dans la chambre" . Au dehors les combats de rue font rage sur les pavés parisiens et les trio de Dreamers rejoindra les manifestants pour finalement se séparer. Le jeu de l'adolescence est terminé.

Dreamers est un film sur la perte de l'innocence, comme d'ailleurs pouvait être le dernier Tango concernant le personnage de Maria Schneider. Il y a sans doute longtemps que Bertolucci n'est plus un "innocent". Les innocents d'hier ont laissé la place aux marchands d'aujourd'hui et pour certains d'entre eux d'ailleurs se sont transformés en marchands eux-mêmes. Un metteur en scène est un manipulateur et son action s'étend autant sur les acteurs que sur les spectateurs. Le spectateur n'ayant pas vu toute l'oeuvre bertolucienne entrera dans le jeu de cette manipulation, pour ma part, je le répète le film ne m'a qu'en partie convaincu. Même si je ne demandais qu'à me laisser manipuler, hélas ou tant mieux, je ne suis plus un innocent. Au générique de fin, une image de barricade et de heurts avec les Crs : on entend la voix d'Edith Piaf chanter "non rien de rien, non je ne regrette rien"

Moi non plus Bernardo, mais si c'était à refaire, je le referais en mieux ou en pire suivant les options.

 

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Publié dans Cinéma

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W
Bien qu'ayant la Corse totalement chevillée à l'âme, il m'arrive d'éprouver un intérêt très profond pour autre chose, à savoir : la vie dans toutes ses dimensions.
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M
Pourquoi un film sur un sujet de société des plus banals alors que la Corse regorge de tellement de richesse culturelle ?<br /> "Le silence" fait allusion à l'Omertà, un mot sicilien employé par les autorités italiennes pour désigner le mutisme des populations à l’encontre des affaires de mafias qui pourrissent ce pays.<br /> Pourtant l’Omertà n’était pas de mise en France durant le règne de Vichy où des milliers de résistants et des centaines de milliers de juifs étaient dénoncés, arrêtés et envoyés dans les camps de la mort. N’ayez pas la mémoire courte, plusieurs millions de personnes, femmes, enfants, hommes, vieillards ont été envoyés mourir dans des camps. Les corses peuvent se venter de ne pas avoir participer à ce génocide. En Corse, alors que l’île était occupée, aucun juif n’a été dénoncé ni déporté.<br /> On osé faire un film sur un sujet qui serait tout à fait banal ailleurs, mais qui en Corse ne fait que renforcer l’opinion française sur des clichés corses (déjà trop nombreux) fainéants, voleurs, assassins, terroristes, etc. relève de l'inconscience ou du pari pris politique. Comme "L’enquête corse", "Le silence" s'inscrit dans une vue rétrograde de la Corse. Mieux, il en rajoute une "couche" avec un cliché du corse lâche, donc complice de l’assassin. Dans un contexte médiatique international où les corses sont montrés comme des terroristes, des racistes, des mafieux, des magouilleurs, des mauvais payeurs, des assassins de préfets (avec atteinte des droit de présumés coupables -Monsieur Sarkozy s’est tristement illustré devant les caméras de télévision), comment s’étonner que ce film soit mal digéré par les corses ?
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