des films italiens
Les films italiens sont très peu distribués en France,( il faut saisir l'occasion de festivals pour en profiter,) c'est ainsi que le festival du film Italien d'Ajaccio, 7ème du nom m'a permis d'en découvrir trois en deux jours et ce n'est pas fini, j'ai vu ainsi :
"Il Cielo cade" (Le ciel tombe) de Andrea et Antonio Frazzi avec Isabella Rosselini et Jeroen Krabbe. Un film relatant les circonstances de la déportation de juifs-allemands et italiens. Après la chute de Mussolini, les nazis durant leur retraite envahissent une villa de Toscane et en déciment les habitants. Un sujet traité avec une grande pudeur et une vraie sensibilité, parfois même avec humour par ce couple de réalisateurs, dont le style peut parfois rappeler celui du Vittorio de Sica du "Jardin des Finzi-Contini. Verra-ton cette oeuvre en France ? J'en doute et c'est bien dommage.
Autre film encore, ce que je nommerai un thriller-politique : "Concorso di Colpa" de Claudio Fragasso.
Sur un scénario dont les ressorts laissent parfois perplexe face à la manipulation du spectateur, Fragasso signe une oeuvre dans la droite ligne du cinéma politique italien des années 70. Un film sur la perte des idélogies et la chute des utopies, où un groupe de militants d'extrême-gauche se retrouve 25 ans plus tard pour s'affronter et se reconstituer. Du "Nous nous sommes tant aimés" de Scola au "nous nous sommes aimés et nous nous haissons " de Fragasso, il est certes un pas qu'il ne faut pas franchir. L'italie a une histoire de violence politique que ne connaît pas l'hexagone. Le groupe finira par s'exterminer, mais le fils de l'un des protagonistes reprend un flambeau militant choisissant les voies de la violence contre la mondialisation...l'histoire se répète, balbutie, trébuche et l'Italie est toujours là avec ses déchirures, ses contradictions et ses ministres ultra-réactionnaires.
Malgré certaines facilités scénaristiques, le film de Fragasso se situe bien dans la lignée d'un cinéma politique italien qui survit lui aussi malgré Berlusconi. Il n'y a pas de cinéma de ce style en France, malgré (ou à cause ?) de Chirac et consorts et c'est bien dommage.....
Concorso di Colpa a reçu le grand prix du Festival du Film Italien d'Ajaccio.
La finestra di fronte de Ferzan Ozpetek avec Giovanna Mezzogiorno et Raoul Bova est sans doute un des meilleurs films que j'ai pu voir ces cinq dernières années.

Ozpetek signe une oeuvre subtile et sensible, un film intelligent et fort. Cette fenêtre d'en face est celle d'où une femme observe le voisin qu'elle désire et dont elle tombe éperdument amoureuse. Elle rencontrera cet homme après avoir recueilli chez elle un vieil homme amnésique et le chemin de la mémoire de l'un ouvrira la conscience de l'autre. Un monde clos comme les camps de la mort, ici évoqués. Un monde clos pour une femme (Giovanna Mezziogiorno sublime) prise entre l'usine où elle travaille et un mariage raté. Des portes s'ouvrent celle de l'amour et de l'amour de l'Humanité, celle de la conscience de soi et de sa place dans le monde mais aussi de l'impossibilité de s'en évader. Ce film est tout simplement magnifique.
(à suivre)
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Il fuggiasco de andrea Manni
Comment faire un film très moyen avec un sujet passionnant et qui plus est tiré d'une histoire vraie, celle d'un militant de Lotta Continua, injustement condamné pour un meurtre qu'il n'a pas commis ? Il est dommage que cette histoire n'aie pas bénéficié d'un scénario plus rigoureux et d'un mise en scène plus energique. Les bons sujets ne suffisent pas à faire de bons films.
Ce film nous entraîne de Rome, à Paris où le présumé meurtrier s'est enfui et vit dans la clandestinité, à Barcelonne, et au mexique avant un retour inattendu en Sardaigne. Construit comme une suite de skeches il fuggiasco, le fuyard à paris, le fuyard à Barcelonne etc...le film n'arrive jamais à émouvoir, ni même à révolter ce qui est un comble face à une injustice.
Andrea Manni s'est contenté de filmer l'histoire vraie hésitant parfois entre la reconstitution appliquée et une tentative de fiction pur qui ne parvient qu'à dérouter le spectateur. tant les lieux et les situations elles mêmes se bousculent avec incohérence. Certes, le monde de la clandestinité est certainement bien observé et transcrit. Mais pourquoi donc ce film ne véhicule t-il aucune émotion. L'acteur principal Daniel Liotti semble aussi largué que son personnage et c'est bien dommage. Dommage sera le mot de la fin.
Un grand coup de chapeau à l'organisation du festival du film Italien d'Ajaccio qui avec très peu de moyens mais une passion et un enthousiasme peu communs a réussi à drainer un public nombreux plus habitué aux blockbusters US, qu'à la finesse et la justesse d'un cinéma italien qui arrive à survivre à Berlusconi mais qui hélas a du mal à s'exporter hors de la péninsule.
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BUONGIORNO NOTTE de Marco Bellochio.
Marco Bellochio est certainement un des cinéastes phares du cinéma italien des années 1970. De "les points dans les poches" à "l'agnese va morire" en passant par un film curieusement raté "la sorcière" avec Béatric Dalle, ce féru de psychanalyse n'a cessé d'ausculter à longueur de pellicule les soubresauts d'une italie livrée à la corruption et à la violence politique. Bellochio qui avait déja évoqué le terrorisme dans "le diable au corps" très librement adapté de Radiguet à l'italie d'aldo Moro revient au sujet avec " Buongiorno Notte " qui traite de l'enlèvement d'Aldo Moro et de son exécution par les Brigades Rouges.

Les atmosphères de huis-clos conviennent certainement au cinéaste, ici point de manifestations de rues, les seules que l'ont voient sont transmises par la télévision que regardent les ravisseurs dans l'appartement où ils détiennent leur prisonnier. Le huis-clos de ces personnages emmurés dans leur idéologie et leurs certitudes permet à Bellocchio d'exprimer à la fois les problèmes de conscience que subit la seule femme mais aussi de dresser le portrait du prisonnier face à ses géôliers. Curieuse séquence où Moro dit à ses ravisseurs "le peuple va vous hair, ils ne voient pas en moi un homme politique, mais un vieil homme que vous avez enlevé et que vous allez exécuter, celà nuira à votre cause". Moro avait vu juste puisque son assassinat sonna la fin des "brigades rouges".
Le film joue très habilement des documents d'époque pour montrer la réaction des officiels et des citoyens au cours d'interviews télévisées et l'art de Bellochio est justement de se servir très subtilement de la télévision pour donner plus d'authenticité à son récit. Le drame évoqué du point de vue intimiste n'en devient que plus puissant. On peut seulement regretter que le réalisateur n'aie pas cru bon d'insister sur le cheminement et les causes qui ont conduit à la constitution des brigades rouges et les quelques phrases-slogans, rabachées à longueur de film par les terroristes tracent le périmètre de leur propre enfermement.
Buongiorno notte, (bonjour la nuit) est sans doute un film essentiel pour qui veut comprendre ce que les médias nomment aujourd'hui "les années de plombs".
Vu ce soir en DVD / L'ultimo Bacio de Gabriele Muccino.
Rien a signaler dans ce film certes pas mal fichu et avec une brochette d'acteurs épatants dont Giovanna Mezzogiorno et Stefano Accorsi. Une serie de portraits finement observés, de couples à une certaine étape de leur vie, mariage, tentation de l'adultère, problèmes du vieillissement du couple et de la femme, tentation de l'infidélité. Quête de soi et du "bonheur" mais bon..les héros du film de Muccino sont de petits bourgeois en crise. Eloge du couple et du mariage, Muccino fait l'éloge de l'institution même si elle implique des petits coups de canifs dans le contrat, "le mariage çà rend heureux" étonnant non ? Personnellement j'aurais aimé quelque chose de plus subversif ou tout au moins un regard social plus aigu à défaut d'être plus critique. L'ultimo bacio est tout de même meilleur que "Riccordati di me" sur lesquel enchaîna le réalisateur. Un film mineur malgré d'exellents comédiens.